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Code moral au Ju-Jitsu

Le BUSHIDO :



Le BUSHIDO est un fond culturel et moral du Japon tout entier.

Le BUSHIDO, l’âme du Japon est à l’image d’une fleur de cerisier, exquise d’élégance fragile et de légèreté.

Mais, étrangement cette fleur gracile, simple et pure, comme cristallisée, résiste à toutes les brises, à toutes les saisons …

La CHEVALERIE, est une fleur du japon, produite par sa terre autant que peut l’être la fleur du cerisier son emblème.

Elle est toujours parmi nous, vibrante de force et de beauté. Si elle n’a plus ni forme ni visage, son parfum est là qui imprègne la morale quotidienne et qui exerce encore sur nous, comme un filtre magique, son charme puissant.

Les formes de société qui l’ont créée et nourrie ont disparu depuis longtemps. Cependant la lumière de la chevalerie japonaise, fille d’une féodalité défunte, éclaire encore les sentiers de notre morale….

BUSHIDO signifie littéralement “ Militaire - chevalier - voies ” celle que les nobles combattants doivent suivre tant dans leur vie quotidienne que dans l’exercice de leur vocation.

On peut alors le traduire plus simplement par " Préceptes de la chevalerie " de la classe guerrière.

Le BUSHIDO est le code des principes moraux que les chevaliers étaient tenus implicitement ou autoritairement d’observer.

Ce code n’est pas écrit ; au plus quelques maximes se transmettent de bouche à oreille, sont calligraphiées par quelques guerriers fameux ou par quelques érudits. Et n’étant le plus souvent ni énoncé ni préservé par l’écriture, il possède d’autant plus la terrible autorité de ce qui est, l’autorité d’une loi dont les tables s’inscrivent à même le cœur.

Ce code n’est pas né d’un cerveau et n’a pas pour origine la vie d’un personnage unique. Il est le fruit d’une croissance organique, décade après décade, siècle après siècle de carrières militaires.

On prit réellement conscience du BUSHIDO à l’âge féodal, son origine sur le plan temporel.

Mais la féodalité est tissée de nombreux fils dont le BUSHIDO en partage la nature complexe…




 

Les sources du BUSHIDO :



LE BOUDDHISME : 



Avec lui, il amenait le sens d’un calme abandon aux voies du destin, de la soumission tranquille à l’inévitable.

Il amenait cette attitude stoïque face au danger et au malheur ; dédain de la vie, amitié de la mort.

La contemplation est sa méthode, et son but est d’atteindre à la conviction intime de l’existence d’un principe qui régit tous les phénomènes et, si cela se peut, à la conviction intime de l’absolu lui-même, pour enfin parvenir à une harmonie personnelle avec cet Absolu. Quiconque atteint à la perception de l’Absolu s’élève au-dessus des choses et s’éveille " à un ciel nouveau, à une terre nouvelle ".

Ce que le bouddhisme n’offrait pas, le shintoïsme l’offrait en abondance. Comme aucune autre croyance, il inspira la loyauté envers le souverain, le respect à la mémoire des ancêtres, la piété filiale.

Il teinta aussi une certaine passivité ce qui eût été sans cela l’arrogance naturelle du samouraï.

Le shintoïsme montre la bonté innée et la pureté divine de l’âme Humaine.

La doctrine du Shintoïsme abrite les deux traits essentiels du cœur : patriotisme et loyauté.

Des acteurs tels que Confucius et Mencius ont largement participé, dans leurs réflexions et leur autorité, au développement du BUSHIDO. 

Le BUSHIDO faisait peu de cas du savoir, en soi. Il ne fallait le poursuivre comme une fin : il n’était que moyen pour atteindre la sagesse.

Aussi quelles qu’en soient les sources, les principes essentiels dont le BUSHIDO s’est imprégné au point de les assimiler totalement étaient simples et peu nombreux. Mais même si peu nombreux et simples, ils suffisaient pour offrir une ligne de conduite sûre, même pendant les jours les plus sombres des périodes les plus instables.

La rude et saine nature des ancêtres guerriers avait tiré une large part de la nourriture spirituelle d’une brassée d’enseignements fragmentés et populaires, glanés ça et là dans la voie ancienne de la sagesse du passé autant que dans ses chemins de traverse ; une moisson qui allait créer, sous les contraintes du temps, un caractère de type nouveau et unique.

LA RECTITUDE ou LA JUSTICE 

C’est le plus puissant concept du code du samouraï. Rien ne lui répugne autant que les procédés tortueux et les entreprises louches.

La rectitude est le pouvoir de prendre une résolution selon une certaine ligne de conduite conforme à la raison, sans une hésitation (Mourir quand il est bon de mourir, frapper quand il est bon de frapper).

La rectitude est cet os qui nous maintient ferme et droit. Sans l’os, la tête ne peut tenir au sommet de l’épine dorsal, ni les mains bouger, ni les pieds nous maintenir debout. Sans la rectitude, aucun talent, aucun savoir ne peuvent faire d’un corps humain un véritable samouraï, avec elle, l’absence de don n’est rien.

En ces temps ou la fourberie était facilement considérée comme tactique militaire et le mensonge dévoilé comme ruse de guerre (cf. " L’art de la guerre de SUN TSU "), cette mâle vertu, franche et honnête, était le joyau qui brillait du plus vif éclat, le plus précieux aux yeux de tous. Rectitude est la sœur jumelle de vaillance, autre vertu martiale.

Dans le sens du " devoir ", On parle aussi du mot " GIRI ", qui signifie littéralement " raison droite ", mais qui est venu à n’exprimer qu’une vague idée du devoir que, selon l’opinion publique, le titulaire d’une obligation se devait de remplir. Dans son sens premier " GIRI " exprime le devoir pur et simple. On parle du " giri ", que nous devons à nos parents, à nos supérieurs, à nos inférieurs, à la société, etc, par exemple.

Mais dans ce cas " giri " signifie " devoir " pur et simple ; mais qu’est ce que le devoir sinon ce qu’exige et nous commande la raison ? Dans notre conduite, celle que l’on a vis à vis de nos parents, l’amour aurait du être l’autre mobile unique, mais venant souvent à manquer, il fallait une autre autorité pour renforcer la piété filiale et on la formule : " GIRI ". 

En effet si ce n’est pas l’amour qui pousse aux actes de vertu, il faut avoir recours à l’intelligence de l’homme, et à sa raison doit être prompte à le convaincre de la nécessité de droiture. Ceci est vrai pour n’importe quelle autre obligation morale. Dès l’instant ou le devoir devient lourd, la raison entre en jeu pour nous empêcher de nous y soustraire. Mais il ne fonctionne pas seul car le BUSHIDO porte en lui un sens aigu et vrai de ce que sont le courage, l’esprit d’audace et la maîtrise de soi.

LE COURAGE, L’ESPRIT D’AUDACE et la MAITRISE DE SOI.

Le courage s’il n’était pas mis au service de la justice était à peine considéré comme une vertu.

Selon Confucius, " le courage consiste à faire ce qui est juste ".

Se risquer à tous hasards, s’exposer, se lancer impunément dans les bras de la mort, passent pour des marques de valeur, et dans le métier des armes, une telle témérité est injustement applaudie. Il n’en va pas ainsi pour les préceptes de la chevalerie. Mourir pour une cause qui n’en vaut pas la peine est une " Mort de chien ". " Se précipiter au cœur de la bataille et tomber aux champs d’honneur, est assez facile et n’excède pas les moyens du plus simple des rustres.

Mais le vrai courage est de vivre quand il faut vivre et de mourir quand il faut mourir.

Selon Platon, le courage est " La connaissance de ce que l’homme doit craindre et de ce qu il ne doit pas craindre".

Il existe une distinction entre le courage Moral et le courage physique. Valeur, force d’âme, bravoure, intrépidité, courage, qualités de l’âme qui exaltent l’esprit de la jeunesse et qui peuvent être fortifiée par la répétition.

Avec une rigueur confinant parfois à la pire des cruautés, les parents imposaient à leurs enfants des tâches qui leur demandaient tout leur courage. C’étaient des méthodes d’apprentissage ultra-Spartiate de conditionnement mental.

(Privations occasionnelles de nourriture pour connaître ce qu’est la faim, exposition au froid pour tester l’endurance par exemple ou encore se lever aux aurores pour travailler, étudier …..).

Aussi dure que cela pouvait paraître, d’autre sens du BUSHIDO sont associé à cette valeur…

LA BIENVEILLANCE et LA COMPASSION 

Amour, magnanimité, affection pour les autres, compassion et pitié ont toujours été reconnus comme les vertus suprêmes, les ornements les plus sublimes de l’âme humaine.

On les considérait comme princière à deux titres :

Princière au milieu des qualités même de l’esprit noble, et aussi parce qu’elles convenaient au métier de prince.

Confucius et Mencius l’ont souvent affirmé : La qualité fondamentale d’un chef est la bienveillance.

C'est la qualité qui permet d'être toujours attentif aux autres.

C'est ce qui pousse à aider son prochain.

Entraide et prospérité mutuelles traduisent parfaitement cette disposition d'esprit.

C'est le respect des autres, le souci de les honorer, de ne pas causer de troubles ou de peines inutiles, qui conduit à développer la courtoisie et la politesse.

LA POLITESSE 

La courtoisie et l’urbanité du savoir-vivre ont souvent été avancées par les voyageurs étrangers comme les traits les plus marquants du Japon. La politesse est une vertu de peu de valeur si elle n’est motivée que par la peur d’offenser le bon goût, alors qu'elle peut devenir la manifestation d’un regard de plein de sympathie pour les sentiments d’autrui. Elle implique aussi un juste regard sur la valeur des convenances et par conséquent un juste respect des positions sociales pour peu que ces dernières n’expriment pas seulement l’arbitraire d’une hiérarchie ploutocratique (gouvernement par les plus riches), mais la véritable distinction due à des mérites originels.

Sous sa forme la plus élevée, la politesse est un sentiment bien proche de l’amour.

Nous ne pourrions dire, avec respect, de l’homme poli qu’il est celui qui sait endurer longuement, être bon, n’envier personne, ne pas se vanter ni s’enfler d’orgueil, ne pas se comporter avec rudesse, ne pas chercher pour lui-même, ne pas facilement être provoqué, et ne pas prendre le mal en compte.

Confucius a lui-même souvent répété dans son enseignement que les manifestations forcées et extérieures au sentiment vrai n’étaient pas plus que le bruit auprès de la musique. 

Quand la bienséance devient la condition sine qua non de la relation sociale, il ne fut plus attendu du rapport entre les hommes qu’un système élaboré de convenances qui pris le pas sur tout le reste et sur lequel on conforma l’entraînement des jeunes dans la perspective d’un conditionnement social.

La façon de saluer en abordant les gens, la façon de marcher, de s’asseoir étaient enseignées et apprises avec le plus grand soin. A tel point que l’étiquette du repas fut élevée au rang de science. Servir et boire le thé furent sacralisés. On attend de l’homme de bien une véritable maîtrise dans tous ces arts. Ces cérémonies élaborées ne sont pas triviales. Elles dénotent le long cheminement, la lente élaboration, vers la méthode la plus appropriée pour atteindre à un certain résultat : S’il y a une chose à faire, il y a très sûrement la meilleure des façons pour la faire, et cette façon doit être à la fois la plus sobre et la plus élégante. (La cérémonie du thé a fixé, par exemple, les formes figées pour la manipulation du bol, de la cuillère, de la serviette....un ensemble très fastidieux pour les non avertis, mais un examen attentif de la cérémonie démontre que la voie suivie épargne aux officiants le maximum de temps et de gestes inutiles ; en d’autre terme elle représente la meilleure utilisation de l’énergie.

Le but profond de cette " étiquette " (quelque soit le style, la forme ou l’école qui la dispense ) est de permettre à un homme de cultiver suffisamment son esprit pour que même assis dans la plus sereine des attitudes, la pire des brutes n’ose pas l’attaquer ; c’est à dire que par des exercices constants dans la voie du savoir-vivre, on assujettit le corps tout entier et toutes nos facultés ensembles dans une harmonie parfaite, en nous et avec notre environnement, harmonie qui exalte l’emprise de l’esprit sur la chair.

Des coutumes, attitudes ne sont pas à considérer comme des gestes simples ou des comportements strictement conventionnels. Elles représentent la dimension physique de l’attention au confort d’autrui.

Par exemple le fait de faire un cadeau, l’occident met en avant tous les mérites et les difficultés à obtenir ce cadeau ; au Japon c’est le contraire : on déprécie ce cadeau. Exemple : " Vous êtes une personne très bien et aucun cadeau n’est assez bien pour vous. Vous n’avez rien à accepter de ce que je vous pose à vos pieds que l’expression de ma bonne volonté " Mais attention la subtilité du langage pour exprimer cette idée serait plutôt : " Ce cadeau est très bien, s’il n’était pas bien je ne vous l’offrirais pas, ce serait une offense que de vous offrir autre chose que quelque chose de bien "…..

La politesse est l'expression de l'intérêt porté à autrui, quelle que soit sa valeur ou sa faiblesse, au travers de gestes et d'attitudes et ce, en conservant son authenticité et sa sincérité.

La cérémonie, l'étiquette font partie de l'extériorisation de la politesse.

LA VERACITE et LA SINCERITE 

Sans esprit de vérité et sans sincérité, la politesse n'est que farce et faux-semblant. 

Le summum de la sincérité est donné par Confucius : En effet il lui attribue une puissance d'ordre transcendantale, il l'identifie quasiment à une expérience divine. "La sincérité est la fin et le début de toute chose. Sans sincérité, il n'y a rien". Ce sentiment est capable de produire des changements sans mouvement et par simple présence d'accomplir tous les buts sans efforts.

L'idéogramme chinois pour le mot sincérité est une combinaison de "mot" et de "parfait". Le mensonge et l'équivoque étaient, l'un comme l'autre, considéré comme lâcheté. Le Bushi se faisait un point d'honneur, du fait même de sa position sociale supérieure, d'élever son exigence de vérité bien au-delà des critères communs aux commerçant et aux paysans. Bushi no ichi gon (Parole du samouraï) étaient une garantie suffisante de véracité pour n'importe quelle assertion.

Cette parole avait tellement de poids que les promesses, données et tenues, n'étaient généralement pas consignées par écrit, ce qui aurait été considéré comme indigne.

Le respect pour la vérité était porté à tel point que pour l'élite des samouraïs, le simple fait de prêter serment était déjà une entorse au code d'honneur. L'échange de sang était la seule coutume qui venait parfois renforcer les paroles d'un engagement vital.

Il arrive cependant qu'un Japonais interrogé et qui ait à répondre entre un mensonge ou une impolitesse répondrait par un mensonge ! Sacrifier la vérité par pure politesse est considéré comme une simple "forme vide" (kyorei), une "illusion par de doux mots". L'honnêteté est la meilleure des politiques, être honnête paie. N'est ce pas cette vertu qui porte en elle sa propre récompense ?

Si elle n'est suivie que par le surcroît d'argent qu'elle apporte par rapport au mensonge, il aurait été à craindre que la raideur du BUSHIDO ne s'en accommode mal et préfère s'engager sur la pente de la fausseté. Mais si le BUSHIDO rejette absolument cette doctrine de la récompense, les affairistes les plus malins l'acceptent rapidement.

D'après Nietzsche l'honnêteté est la plus jeune des vertus. Sans cette mère d'emprunt, la vérité restait l'enfant chétif, le sang bleu orphelin, que seul des esprits d'élite pouvaient accueillir en leur sein. De tels esprits se trouvaient généralement parmi les samouraïs , mais manquant de cette mère adoptive, nourricière et libérale, l'enfant fragile n'avait pu s'épanouir. L'industrie prospérant, la vérité devint une vertu commode.

Aussi on est en droit de se demander jusqu'à quel point de l'amour de la vérité n'était pas un principe plus puissant dans le BUSHIDO que le courage. Le mensonge n'était pas condamné comme une action mauvaise intrinsèquement, mais simplement énoncé comme une lâcheté et comme telle, hautement déshonorante.

En fait l'honnêteté est intimement liée à l'idée de l'honneur, précepte fondateur de la CHEVALERIE.

L'HONNEUR

Le sens de l'honneur impliquant une conscience très vive de la dignité et de la valeur personnelle, il ne pouvait manquer d'identifier totalement le samouraï, né et élevé pour glorifier les devoirs et les privilèges de sa caste.

Quoique le mot que nous utilisons pour traduire ce sentiment n'ait pas de correspondance terme à terme à l'époque, l'idée en était exprimée par les mots "na" (Le nom), "menmoku" (la contenance), "gaibun" (l'attitude qu'on donne à voir), qui nous ramènent respectivement à l'emploi du mot "nom" dans la bible, à l'idée de "personnalité" issue d'un mot désignant la notion de "renommée".

Avoir un nom, une réputation faisait partie de l'existence et toute attente à ce nom était ressentie comme une honte véritable.

Un sentiment d'autant plus fort qu'il était cultivé dès l'enfance par l'éducation.

"On rira de vous pour cela !!"… "Ce sera un déshonneur pour vous !" ; "Vous n'avez pas honte ?!" , étaient les rappels ultimes pour ramener le jeune égaré dans le droit chemin. Un tel recours permanent à la susceptibilité de l'honneur touchait cette jeunesse au cœur, comme si dans le sein même de leur génitrice, ils avaient été nourris de cet étrange nectar.

Pour renforcer ce sentiment quasi inné de l'honneur, s'y trouvait lié inextricablement un très fort sens de la famille. Le sentiment de honte semble être la marque la plus claire de la conscience morale d'une race.

Le premier et le pire des châtiments que dut subir l'humanité pour avoir goûté le fruit défendu n'est pas les douleurs de l'enfantement ou les piqûres d'épine et de chardon, mais bien d'être assailli par le sentiment de honte.

Vu par un samouraï, le déshonneur est comme une cicatrice sur un arbre, avec le temps, au lieu de s'effacer il s'agrandit. C'est terriblement vrai qu'il menace, telle l'épée de Damoclès, pour la tête de chaque samouraï, au point d'emprunter souvent un caractère morbide. Pour l'honneur étaient perpétrés de nombreuses exactions qui ne trouvaient aucune justification dans le code du BUSHIDO. Toutes les traces à ce sujet démontrent en fait que le culte des samouraïs pour leur honneur devait donner lieu, au moins, à de sérieux abus et montre à quel point ce sentiment de honte était exacerbé dans la classe guerrière.

Les excès morbides vers lesquels ce sourcilleux code de l'honneur avait tendance à pousser les samouraïs étaient heureusement contrebalancés par le culte de la magnanimité et de la patience. S'offenser de la plus légère des provocations était stigmatisé comme "une bien courte endurance". L'adage populaire dit : " Endurer ce qu'on pense ne pas pouvoir endurer, voilà ce qu'est vraiment endurer "

Vivre est comme parcourir une longue distance avec un lourd fardeau en travers des épaules. Pas de hâte … aucune plainte, attentif à ses moindres défauts … la patience est ce qui fait la longueur des jours.

La patience, opiniâtre endurance était recommandée aussi par Mencius. Il enseigna aussi que la colère pour une misérable offense était indigne de l'homme supérieur, mais que l'indignation pour une grande cause était une juste colère. Il apparaît clairement a travers des réflexions de certains fervents du BUSHIDO à quel degré d'abandon serein et de pacifisme ils pouvaient s'élever. Force est de reconnaÎtre que bien peu pouvaient prétendre à un tel degré, de sublime, de mansuétude, de patience et de pardon. Il est assurément dommage que rien de vraiment clair n'ait exprimé en quoi pouvait bien constituer l'honneur et que seuls quelques esprits éclairés aient pu sentir à quel point "il échappait à toute condition pour ne vivre qu'en ceux qui accomplissaient sincèrement leur devoir".

La jeunesse n'avait rien de plus pressé au plus fort de l'action que d'oublier les enseignements puisés chez Mencius dans le calme recueilli de l'étude. "Il est dans l'esprit de chaque homme d'aimer l'honneur, mais il arrive parfois qu'il oublie que la vraie honorabilité est en lui et ne vient pas de l'extérieur. L'honneur que confère un autre homme n 'est pas le vrai honneur.

L'honneur (trop souvent assimilé comme le respect de l'entourage ) était préservé comme le summum bonum de l'existence en ce monde. "Les Honneurs" et non la fortune ou le savoir, étaient les biens pour lesquelles la jeunesse avait à lutter. Pour éviter la honte, et gagner un nom, les samouraïs étaient prêts à se soumettre à toutes les privations, à aller au devant des pires souffrances mentales et physiques.

Ils savaient tous que l'honneur gagné dans la jeunesse grandit avec l'âge.

Une des causes en comparaison de laquelle aucune vie n'était assez bonne était le devoir de loyauté, la clé de voûte de l'arche parfaite des vertus féodales.

LE DEVOIR DE LOYAUTE 

La morale samouraï de l'époque féodale a bien des vertus communes avec les autres systèmes éthiques comme avec d'autres classes sociales, mais cette vertu en est la marque distinctive.

Il est vrai que la fidélité à un homme ou à un groupe est une forme d'adhésion morale qui existe chez toutes sortes d'hommes, et de toutes conditions mais c'est seulement dans le code d'honneur de la chevalerie que la loyauté trouve son expression suprême. 

En chine, l'éthique de Confucius avait fait de l'obéissance aux parents le premier devoir humain, au Japon la primauté était accordée au loyalisme.

Le BUSHIDO dit que l'intérêt d'un des membres et de la famille ne font qu'une seule et même chose, sont confondus, indivisibles. Ce lien va bien au-delà de l'affection (affection naturelle instinctive, irrépressible). Mourir pour celui qu'on aime de cette sorte d'amour (ce que même les animaux savent faire) qu'est ce?

Bien des shigemori se sont tordus le cœur à vouloir résoudre le conflit entre le devoir et l'affection, ou plutôt entre deux types de devoir. Dans une telle confrontation le BUSHIDO tranche toujours en faveur du devoir de loyauté. Les femmes elles-mêmes encourageaient farouchement leurs fils à tout sacrifier au prince, la matrone samouraï se tenait prête au sacrifice de ses fils pour servir le seigneur.

Mais le BUSHIDO ne requiert pas de nous que nous enchaînions notre conscience pour aucun seigneur pour aucun roi. L'homme qui sacrifiait sa propre conscience aux caprices d'un monstre ou d'un fou était tenu pour médiocre selon l'échelle des préceptes.

Il était méprisé comme un cafard qui fait sa cours avec les flagorneries pleines de servilité ou comme un favori qui capte l'affection du maître par de basses complaisances.

Quand un féal avait un avis différent du maître, l'attitude loyale était d'employer tous les arguments pour le convaincre de l'erreur éventuelle. L'échec de ses tentatives laissait le maître devant ses propres choix.

Dans ce cas il était encore possible et même d'usage au samouraï assuré de la valeur de son intervention, de faire appel à la conscience ou à l'intelligence de son seigneur et de prouver la détermination de ses propos en versant son propre sang.

La vie était regardée comme un simple moyen de servir le maître, cet idéal était renforcé par le sentiment de l'honneur. Toute l'éducation et l'entraînement du samouraï étaient conduits pour un tel dénouement.

L'EDUCATION ET L'ENTRAINEMENT DU SAMOURAI 

La première condition à suivre dans l'apprentissage du guerrier était de développer son caractère au détriment de facultés plus subtiles comme la pondération, l'intelligence, l'art du discours.

Nous avons pu nous rendre compte de l'importance prise dans cette éducation de par l'éveil du sentiment du beau et de la grâce.

S'ils étaient indispensables à un homme de culture, il faut dire qu ils étaient plutôt l'ornement que l'essence de l'entraînement du samouraï. La supériorité intellectuelle était bien sûr estimée ; mais le mot "chi" qu'on employait pour désigner l'intelligence, décrivait chez l'homme un mélange de force et de sagesse ou le simple savoir était relégué à une place très secondaire.

Les 3 piliers sur lesquels reposait l'édifice du BUSHIDO étaient : "chi, jin, yu", "sagesse, Bienveillance, Courage".

Le samouraï était essentiellement un homme d'action. La science n'entrait pas dans son champ de conscience ; il n'en prenait acte que si elle entrait dans son domaine d'activité : les armes et la stratégie.

La religion et la théologie étaient laissées aux prêtres. Elles ne le concernaient qu'autant qu'elles pouvaient nourrir le courage. Il croyait que ce n’est pas la foi qui sauve l'homme mais l'homme qui justifie sa foi. Philosophie et littérature faisaient la majeure partie de sa formation intellectuelle, mais même lorsqu'il s'adonnait à ces disciplines, ce n'était pas la vérité objective qu'il cherchait à travers elles. La littérature était un passe temps et un modèle, la philosophie une aide fonctionnelle pour la formation du caractère ou à défaut une aide pour exposer un problème stratégique ou diplomatique.

L'essentiel de son étude, en accord avec la pédagogie particulière du BUSHIDO, consistait plutôt pour le samouraï en :

L'escrime au sabre 
Le tir à l'arc 
Le jujutsu ou yawara 
L'équitation 
L'art de la lance 
La stratégie 
Et encore la calligraphie 
La morale 
La littérature 
L'histoire 
….
Le jujutsu peut se définir grossièrement comme l'application du savoir d'ordre anatomique aux voies de l'attaque et de la défense.

Il diffère de la lutte parce qu'il dépend beaucoup moins de la force musculaire.

Il diffère des autres systèmes d'offensif parce qu'il n'use d'aucune arme.

Le secret consiste à frapper ou à saisir telle ou telle partie du corps de l'ennemi pour l'étourdir ou lui ôter toute velléité de résistance. Son but n'est pas de tuer mais de rendre l'adversaire inapte à toute action pendant un temps donné.

On notera que l'art des chiffres n’est pas dans l'éducation du samouraï, car la chevalerie n’est pas un système économique. Tout lucre est détestable. Tout attachement à l'argent à la vie comme état méprisé, tandis que la prodigalité de l'un comme l'autre étaient louée. Tout bushi d'un peu de bon sens savait que la richesse était le nerf de la guerre, mais il n'en pensait pas plus que le sens de l'argent pouvait être une vertu.

Il est vrai de dire que le BUSHIDO prescrivait de savoir épargner, mais il ne s'agissait pas de donner une raison économique à cette épargne : c'était un bon exercice d'abstinence. Le luxe était considéré comme la plus terrible des menaces sur l'homme et une sévère simplicité dans le mode de vie était exigée de la classe guerrière.

Le BUSHIDO put donc tenir à l'écart des milliers de démons dont l'or est l'instrument. Ceci explique pourquoi les hommes publics du japon sont restés si longtemps éloignés de toute corruption.

Le BUSHIDO favorise plaisir, ornement et habileté de l'esprit (par l'étude); le bu étant de former des gens avisés et maîtres d'eux. Confucius disait : "apprendre sans réfléchir est peine perdue. Réfléchir sans apprendre est dangereux."

Lorsque c'est le caractère et non l'intelligence, l'âme et non l'esprit, qui sont pris comme les pâtes à pétrir pour accomplir l'homme, la vocation du maître prend un caractère sacré.

Mes parents m'ont fait naître, mon professeur a fait de moi un Homme.

Les adeptes du BUSHIDO n'avaient de considération que pour les services que ni l'argent ni aucune autre rétribution ne payaient.

Un service rendu sur le plan spirituel, qu il vienne d'un précepteur ou d'un prêtre, ne devait pas être payé en or ou en argent, non pas parce que sa valeur était moindre mais parce que celle ci était incalculable.

L'usage stipulait juste que les jeunes pupilles devaient à différentes périodes de l'année apporter à leur maître des offrandes ou une certaine somme d'argent. Mais c'étaient là une offrande et non un payement.

Ils se devaient d'être L'incarnation de la finalité de tout savoir, exemple de la discipline des disciplines : la maîtrise absolue de soi-même.

LE CONTROLE DE SOI 

Force d’âme et endurance muette d’une part, sens scrupuleux de la bienséance qui oblige à épargner aux autres toute démonstration de tristesse ou de souffrance de l’autre, deux enseignements fondamentaux qui se combinent pour engendrer une stoïque vision du monde.

Il n’est pas pensable que le vrai stoïcisme puisse devenir un trait d’espèce et parce que certaines manières peuvent paraître comme un manque de cœur.

Cependant tout le monde est accessible aux émotions les plus tendres.

On aurait considéré comme efféminé le samouraï qui eût manifesté la moindre trace d’émotion sur son visage.

Il ne montre ni signe de joie ni signe de colère. La plus naturelle des affections était gardée sous contrôle.

C’est en sacrifiant un peu de sa dignité qu’un père embrassait son fils. Jamais un mari n’aurait embrassé sa femme en présence d’autres personnes, puisqu’il a le loisir de le faire en privé.

Le calme de l’esprit, le maintien de l’attitude ne devaient en aucun cas être troublés par aucune passion d'aucune sorte. Dans la vie de tous les jours, les choses se passent ainsi. Il est pénible aux oreilles japonaises de voir les mots sacrés, les mots du cœur et de la vie intime de leurs âmes étalées à la tribune.

"Sens-tu le fond de ton âme remuée par des choses profondes et tendres ? C'est le moment où la semence germe. Ne la trouble pas de ton discours. Laisse l'œuvre s'accomplir seule dans le calme et le secret."

Exprimer avec un luxe de mots choisis les pensées et les sentiments intimes (notamment dans le terme du sacré) sera souvent pris comme le signe irréfutable qu'il n'y a là rien de vraiment profond et sincère.

En fait, le japonais a recours à la dérision chaque fois que la fragilité de son humaine nature est poussée à la limite de sa résistance. Rire correspond à un effort d'équilibre, chaque fois que nous sommes bouleversés par une circonstance fâcheuse. C'est une brise sur les brumes de la rage ou de la douleur. La répression de toute manifestation sentimentale étant permanente partout dans le quotidien, il ne reste comme exutoire que les aphorismes poétiques. 

Certains ont suggéré que l'endurance à la peine et l'indifférence à la mort étaient dues à une moindre sensibilité nerveuse. C'est l'excitabilité extrême, la grande sensibilité, qui rendent nécessaire un renforcement des freins intérieurs et l'idéalisation de la maîtrise de soi. Quoiqu'il en soit, aucune explication ne serait être bonne si elle ne tient pas compte de l'entraînement séculaire à la discipline intérieure et à l'autocontrôle. Cette discipline, ce contrôle peut facilement être trop lourd. Ils peuvent canaliser le courant naturel de l'âme. Ils peuvent forcer la nature flexible à d'étranges et monstrueuses contorsions. Ils peuvent engendrer le puritanisme aveugle, la basse hypocrisie, la bêtise hébétée. Il n'est pas de vertu si noble qu'on puisse la contrefaire. Nous devons réaliser en chaque vertu l'état d'excellence, la suivre en son idéale, et l'idéal de la retenue intérieure est de préserver une forme d'élévation d'esprit pour atteindre ce qu'on appelle "le souverain de bien".

Le contrôle de soi atteint son expression la plus haute, ou plutôt son sommet dans la première des deux institutions suivantes : l'institution du suicide et celle de la réparation.

L'INSTITUTION DE SUICIDE ET DE LA REPARATION 

De ces deux institutions ( la première connue sous le nom de harakiri et la seconde sous celui de katakiuchi), nombreux sont ceux à en avoir dit quelque chose, à les avoir abordés plus ou moins.

Pour commencer directement par le suicide (seppuku ou kappuku) popularisé sous le terme de harakiri, il consiste en une auto-immolation par éventration. Si absurdement étrange que cela puisse paraître pour les occidentaux, cette mort est étroitement associée aux plus nobles des exploits et aux plus émouvants pathétiques de l'histoire qu'aucun soupçon de répugnance, qu'aucun sentiment de ridicule n'en vient ternir la conception.

Si puissant est le pouvoir de transfiguration de la vertu, de la grandeur, de l'amour, que la plus vilaine des morts devient sublime, le symbole d'une vie renouvelée. Ce n'est pas même pour des raisons qu'on peut juger futiles et gratuites, que le seppuku ne présente à nos yeux aucun caractère absurde ou choquant dans l'acte même.

Le choix de cette partie précise du corps pour l'exécution du geste de la mort repose sur une ancienne croyance anatomique relative au siège de l'âme et des émotions. D'ailleurs une telle croyance n'est pas pure superstition et pourrait même avoir plus de valeur scientifique que l'idée générale qui fait du cœur le centre des émotions. Les neurologues modernes parlent d'un cerveau abdominal et d'un cerveau pelvien, désignant ainsi les centres nerveux sympathiques qui se trouvent dans ces régions toujours très fortement affectées par n'importe quelle manifestation nerveuse.

Ces vues sur la physiologie psychique une fois admises, le syllogisme du seppuku est facile à construire : "J'ouvrirai le chemin de mon âme et je vous la montrerai telle qu'elle est. Voyez si elle est souillée ou pure". 

Il faut reconnaître que pour beaucoup la conception extrêmement sourcilleuse qu'ils se faisaient de l'honneur était déjà une justification suffisante (hors de toute obligation sociale) pour sacrifier leur vie. "La mort est la seule retraite assurée contre l'infamie". La mort qui tournait toujours autour des questions d'honneur, étant réputée par le code du BUSHIDO comme le moyen simple de résoudre les problèmes complexes, le samouraï ambitieux avait fini par considérer la mort naturelle comme un fadeur qu'il ne fallait pas désirer autrement. 

Le seppuku n'est pas un simple acte de suicide, c'est une institution légale aussi bien qu'un rituel. Création du moyen âge, il s'agissait d'une pratique par laquelle le guerrier pouvait expier ses crimes, racheter ses erreurs, échapper au déshonneur, rendre rançon pour ses amis ou prouver sa bonne foi. Quand elle était ordonnée comme une sentence, l'exécution donnait lieu à une grande cérémonie. Celle ci conduisit à un raffinement progressif dans l'art de se détruire, dont l'exigence incontournable était le sang froid absolu et calme impénétrable. Pour ses raisons elle convenait parfaitement à la classe du bushi. 

Le risque était grand qu'une glorification du seppuku offrit une forte tentation de le pratiquer sans motif très sérieux. Pour des causes qui ne justifiaient pas la raison, ou pour des raisons qui ne justifiaient pas la mort, de jeunes esprits exaltés couraient au seppuku comme des insectes vers la flamme. Les motifs les plus divers et les plus incongrus ont poussé vers la mort plus de samouraïs que de nones au couvent. La vie a peu de prix au regard d'une évaluation populaire de l'honneur. Le plus triste était que l'honneur dont il est question n'était pas du métal le plus pur et comportait bien des scories. Pour le véritable samouraï hâter ou courtiser la mort n'était rien moins que pure lâcheté. C'était là l'enseignement du BUSHIDO (supporter et faire face aux calamités et à l'adversité en général avec une infinie patiente et une conscience toujours pure). Selon Mencius : "Quand le ciel est prêt à donner un grand destin à quelqu'un, il commence par exercer son esprit par la souffrance, ses nerfs et ses os par l'effort. Il soumet son corps à la faim, le condamne à l'extrême pauvreté, ruine toute ses entreprises. Par toutes ses épreuves, il stimule son esprit, fortifie sa nature et réduit ses faiblesses". 

L'honneur véritable consiste à accomplir tous les décrets du ciel et il n'est pas de mort ignominieuse si elle est encourue dans cette perspective. Mais mourir pour éviter ce que le ciel nous réserve, voilà la lâcheté !

"C'est un grand acte de bravoure que de mépriser la mort, mais lorsque vivre est plus terrible que de mourir, alors le courage le plus vrai est d'oser vivre".

L'institution du suicide n'est pas si irrationnelle ni si barbare que ses excès les plus frappants peuvent à priori le laisser penser.

L'institution de réparation a une physionomie plus sereine. Une institution similaire (ou plutôt coutume) a prévalu chez tous les peuples sous des formes différentes et se trouve encore attestée par la tenace persistance du duel et du lynchage. Il y a dans l'esprit de revanche le désir de satisfaire un sentiment de justice. Le raisonnement est simple voir enfantin, il montre un sens naturel de l'équité et de la justice. "Œil pour œil, dent pour dent". L'esprit de revanche a autant le goût de l'exactitude que l'esprit mathématique et jusqu'à ce que les deux termes de l'équation soient égaux, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que quelque chose reste à faire.

La vengeance est le privilège des forces surhumaines. C'est le sens commun qui a doté le BUSHIDO d'une institution de la vengeance, une sorte de cour éthique comptable de l'équité de la vie, à laquelle les gens soumettaient des cas que la loi ordinaire ne savait pas trancher. La voix de Confucius est là pour dire qu'on devait répondre à l'injure par la justice. La volonté de revanche n'était justifiée cependant que si elle s'exerçait au nom d'un supérieur ou d'un bienfaiteur.

Aussi bien l'institution du suicide que celle de la vengeance perdent leurs raisons d'être dès la promulgation d'un code pénal. L'état tout entier, la société, veulent voir le mal réparé. Si le sens de la justice est toujours pleinement satisfait par le système, il n'est plus besoin de katakiuchi (la réparation). Mais lorsqu'il s'agit de cette faim du cœur qui se gave de l'espoir qu'elle sera rassasiée par le sang chaud de la victime, quelques lignes dans un code pénal n'ont pas le pouvoir de l'abolir totalement. Quant au seppuku, quoiqu'il n'est plus d'existence de nos jours, nous continuerons à en entendre parler de loin en loin et nous aurons, à en entendre parler tant que son souvenir ne sera pas effacer de toutes les mémoires. D'autres modes de suicides, fonctionnels et sans douleur, prendront sa place dans un monde où ses adeptes augmentent tous les jours avec une rapidité effrayante.

Du caractère particulier de cette sanglante cérémonie aussi bien que du contenu général du BUSHIDO, il est aisé de déduire l'importance fondamentale du sabre dans la discipline de vie comme dans l'échelle sociale de ses membres : "Le sabre est l'âme du samouraï".

LE SABRE, AME DU SAMOURAI 

Le BUSHIDO fit du sabre de ses samouraï, l'emblème de sa puissance et de ses sanglants exploits.

Dès son plus jeune âge, l'enfant destiné a devenir samouraï en apprenait le maniement. C'est un moment très important de sa jeune vie quand, vers l'âge de 5 ans, il était affublé de tout l'attirail du parfait petit samouraï, placé sur un jeu de go (Jeu de dame japonais) et initié cérémonieusement aux règles de sa future profession guerrière, après avoir reçu son sabre, le véritable sabre qui venait remplacer le jouet qui avait servi à ses jeux.

Après cette première et fondamentale cérémonie d'adoptio per arma, il ne devait plus être vu hors de la maison paternelle sans ce symbole de son rang, même si dans la vie de tous les jours, il était remplacé par un sabre de bois doré.

Quelques années plus tard le sabre en acier occupait constamment le coté, même si la lame n'était pas aiguisée.

Par la suite tout simulacre était peu a peu écarté, et c'est avec une joie renforcée par le plaisir d'essayer fréquemment les lames nouvelles qui lui étaient offertes qu'il s'en allait éprouver le tranchant sur le bois et la pierre. Quand vers 15 ans il atteignait l'âge d'homme et une indépendance d'action nouvelle, il pouvait s'enorgueillir de posséder des armes assez tranchantes pour à peu près n'importe quel usage.

Mais la possession même de ces armes dangereuses lui inspirait le sentiment autant qu'un air de respect de soi et de responsabilité.

Cette arme qu'il portait à sa ceinture était l'image de ce qu'il portait dans l'esprit et le cœur (loyauté et honneur). Les deux sabres le long et le court (appelé daïto et shoto ou katana et wakisashi) ne quittaient jamais son flan. Chez lui, ils trônaient la meilleure place dans la salle d'étude ou de réception ; la nuit ils gardaient son sommeil a porté de main. Compagnons fidèles, ils étaient adorés et on les surnommait comme des favoris. La vénération dont ils étaient entourés atteignait parfois le niveau d'un culte.

Même le plus commun des poignards était entouré d une aura de respect. Le moindre manque d'égard à leur encontre était considéré comme un affront personnel.

Peau de requin et soie fine pour la poignée, or et agent pour la garde, laque précieuse aux mille nuances pour le fourreau masquait une part de la cruauté de la plus mortelle des armes. Mais ces ornements n'étaient que frivolitée comparé à la lame elle-même.

Le forgeron n'était un simple artisan mais un artiste inspiré et son atelier un sanctuaire.

Chaque jour, c'est avec la prière et les rites de purification que débutait son travail.

"Il engage son âme et son esprit dans l'acier qu il forge et trempe".

Chaque coup de masse, chaque glissement sur la meule était un acte fondateur, empreint de sacré.

Déjà parfaite œuvre d'art et défiant par sa perfection ses rivaux de Damas et de Tolède, le sabre japonais nous donne plus cependant que peu donner une simple œuvre d'art.

Sa lame froide, condensant l'humidité de l'air au sortir du fourreau et se couvrant d'un voile léger de buée, sa surface immaculée, reflétant la lumière avec un éclat bleuté, son tranchant incomparable au fil duquel on a accroché tant de récits et tant d'exploits, sa courbe sublime unissant la grâce et la plus exquise à la plus terrible puissance. (l'étrange mélange de sentiments qui nous étreint à cette vue et nous fait frissonner : Beauté et puissance, respect et terreur …)

Son pouvoir aurait été inoffensif si le sabre n'avait été qu un objet de beauté et de joie. Main toujours à porté de main, la tentation d'en abusé état constante. Trop souvent l'éclat de son acier brilla hors de son pacifique fourreau.

On alla même jusqu'à tester la qualité de coupe sur le corps d'innocents.

Le BUSHIDO n'approuvait pas l'utilisation de telles armes sans discernement. Il est clair qu il mettait une grande insistance à en prôner l'usage opportun; il en abhorrait l'abus avec la même intensité.

Le lâche, le fanfaron était celui qui brandissait son sabre pour des raisons qui n'en était pas.

Un homme qui se maîtrise sait à quel moment il faut en user et ces moments sont rares.

La victoire la plus belle est celle que l'on remporte sans verser le sang, comme d'autres préceptes analogues démontrent à quel point l'idéal absolu de la chevalerie est la paix.

Il est tout à fait dommage que cet idéal élevé ait été laissé peu à peu aux prêches des prêtres et des moralistes, tandis que les samouraïs allaient de plus en plus vers une exacerbation des valeurs martiales, une exaltation des traits guerriers. Au point même de teinter leur idéal féminin des violentes couleurs empruntées par les femmes amazones.

L'EDUCATION ET LA CONDITION DE LA FEMME 

La femme, l'autre moitié de l'espèce humaine, a été qualifiée parfois de modèle des paradoxes tant le travail intuitif de son âme se place au-delà de l'intelligence "arithmétique" de l'homme.

L'idéogramme chinois pour désigner ce qui est mystérieux et inconnaissable est composé de 2 signes : l'un signifie "jeune", et l'autre "femme".

Dans le monde du BUSHIDO, le mystère est bien petit et le paradoxe n'est qu'apparent. La langue chinoise symbolise la "femme-épouse" par une silhouette portant un balai, utilisé pour le plus inoffensif des usages.

Le BUSHIDO était à l'origine un des enseignement entièrement destiné à une population masculine, les vertus qu'il valorisait chez la femme étaient évidemment loin d'être conforme à l'expression juste et vraie de la condition féminine. Dans cette logique, le BUSHIDO distinguait les femmes "qui s"affranchissaient des faiblesses de leur sexe et déployaient un courage héroïque, digne des hommes les plus forts et les plus braves".

Les jeunes filles étaient donc éduquées à réprimer leurs sentiments, à endurer nerveusement, à manipuler les diverses armes, notamment le naginata (sabre-lance) à long manche.

Cependant la motivation de tels exercices n'étaient pas le champ de bataille. Leur visée était double : Domestique et individuelle.

La femme privée de son suzerain devenait son propre protecteur.

Avec son arme elle allait défendre son honneur avec autant de farouche volonté qu'en avait mis son époux à défendre son maître.

Sur le plan domestique, cette maîtrise la rendait apte à éduquer ses fils.

L'art du sabre était comme tous les exercices similaires auxquels se livraient les femmes, rarement d'une utilité immédiate, mais venait heureusement combattre les effets pernicieux de leur vie sédentaire. Mais cette pratique n'avait pas de motivation hygiénique. Elle était instituée dans l'éventualité toujours présente qu'on doive y avoir recours. Les jeunes filles parvenues à l'âge de femme se voyaient offrir de fins stylets acérés (kaiken, poignard de poche) qu'elles pouvaient diriger contre la poitrine de leur agresseur ou, le cas échéant, retourner contre leur propre sein. Cette dernière conjoncture s'est présentée plus souvent. Lorsqu'une japonaise voyait sa chasteté menacée, elle n'avait pas à attendre le poignard de son père; sa dague personnelle était glissée en permanence sur son sein. Le déshonneur eut été pour elle de ne pas connaître les règles précises qui devaient présider à son suicide. Savoir l'endroit exacte où se trancher la gorge était la seule connaissance anatomique qu'on lui avait enseignée. Il lui avait aussi fallu apprendre comment s'attacher les jambes avec une ceinture afin que son corps soit retrouvé, les membres bien ordonnés, dans une posture d'une parfaite pudeur, quelque douloureuse qu'ait été l'agonie. Il perdure l'idée fausse selon laquelle la chasteté ne soit pas connue chez les japonais. Celle ci est bien au contraire une vertu essentielle de la femme samouraï, une vertu considérée comme supérieure à la vie elle même. De nombreux talents et les plus exquises grâces de la vie leur étaient demandés au quotidien. La musique, la danse, la littérature n'étaient surtout pas négligées. Certains des plus beaux vers de la littérature ont été l'écho de sentiments féminins. En fait, la femme a joué un rôle essentiel dans l'histoire de belles lettres japonaises. La danse (pour les jeunes filles samouraï et non les geisha) devaient mettre de la douceur dans leurs gestes. La musique nourrissait les heures où leur père ou leur mari s'ennuyaient. Ni l'art ni la technique n'étaient le but de cet apprentissage, celui ci était la purification du cœur. Comme en ce qui concerne l'entraînement des jeunes, une idée prévaut ici : tout talent n'est jamais plus que le serviteur des valeurs morales. Les jeunes filles cultivent assez de musique et de danse pour ajouter de l'éclat à leur vie, mais en aucun cas de la vanité ou de la fantaisie.

Les talents des femmes n'étaient pas recherchés pour la parade ou l'ascension sociale. Ils étaient le délassement et la joie de la famille. S'il arrivait qu'ils se manifestassent pendant des réceptions plus larges, ils n'apparaissaient que comme une générosité aimable du maître de maison : ils étaient un élément de courtoisie domestique dévolue à la femme dans le devoir essentiel d'hospitalité. L'attachement aux taches domestiques était la base de son éducation. On pourrait dire que les talents de femmes dans le vieux japon, qu'ils aient un caractère martial ou pacifique, étaient principalement destinés au ménage. Aussi loin qu'elles aillent, elles ne perdaient jamais de vue ce centre qu'est le foyer. Elles travaillaient, peinaient, et donnaient leur vie afin de préserver l'honneur et l'intégrité de ce foyer. Nuit et jour, elles chantaient pour le nid d'une voix ferme et tendre, courageuses et plaintives. La fille se sacrifiait à son père, la femme à son mari, la mère à son fils. Depuis sa plus petite enfance la femme était amenée à renoncer à elle-même, à tout esprit d'autonomie. Son avenir n'était fait que de dépendances et de services. Elle était au service de l'homme jusque dans sa chair : si sa présence était utile elle restait sur le devant de la scène avec lui; si elle le gênait dans sa destinée, elle se retirait derrière le rideau. La volonté des femmes de s'abandonner tout entière pour le bien de leur mari, de leur foyer, de leur famille, ainsi que l'honneur qu'elles en tiraient, étaient comparable au sacrifice des hommes pour leur maître et leur pays. Le renoncement à soi-même, sans lequel l'énigme de la vie ne peut être résolue, était la clef de la loyauté chez l'homme aussi bien que dans la domesticité chez la femme. Elle n'était pas plus l'esclave de son mari que lui était l'esclave de son seigneur, et le rôle qu'elle jouait dans son foyer était appelé naijo, "l'aide intérieure". Dans l'échelle des services, venait d'abord celui de la femme, qui s'abandonnait dans la destinée de son époux. Au-dessus se trouvait celui de l'homme, qui pouvait s'abandonner dans la destinée de son maître, et qui à son tour pouvait servir le ciel. Néanmoins cette doctrine du service (c'est à dire le fait de servir la cause d'un plus haut que soi, même si cela implique de faire le sacrifice de son individualité), qui est la plus sublime que le christ ait prêché, la dimension sacrée la plus haute de sa mission, est une vérité éternelle et c'est sur elle que se fonde l'esprit du BUSHIDO. L'enseignement du BUSHIDO était si profondément imprégné de l'esprit d'auto sacrifice, qu'il n'était pas seulement exigé pour la femme mais aussi pour l'homme. 

Le féodalisme et la chevalerie ont eu une influence très positive mais on constate que dans une société militaire le rang de la femme est nécessairement un rang subalterne et qu'il ne devient plus enviable qu'à mesure de l'industrialisation de la société.

La classe militaire du japon était exclusivement celle des samouraïs et se composait d'environ 2000 âmes.

Leurs supérieurs étaient les militaires de classe noble, les daimyo, ainsi que les nobles de cour, les kuge. Ces trois groupes dominaient la masse des petites gens (artisans, commerçants et paysans) dont la vie se dévouait aux arts de la paix.

Dans les castes des samouraïs la femme ne se verra jamais octroyer de liberté, alors que force est de constater que plus la classe sociale est basse (par exemple chez les petits artisans), plus l'homme et la femme se trouvaient en position d'équité. Il en va de même dans la haute noblesse où les relations entre les deux sexes étaient peu marquées par leur différence. Ceci essentiellement parce que les nobles oisifs étaient devenus littéralement efféminés et que cette différence entre homme et femme n'avait ainsi, de toute façon, que peu d'occasion d'être mise en évidence.

Le BUSHIDO a une vision double des choses : il a tâché d'évaluer la valeur de la femme sur un champ de bataille et dans son foyer. Dans un cas elle n'est rien dans l'autre tout. Le traitement réservé par le BUSHIDO à la femme suit cette logique : en tant qu'unité socio-politique elle comptait peu, en tant qu'épouse et mère, on lui témoignait le plus haut respect et elle faisait l'objet d'une très profonde affection. C'est parce qu'elles étaient mères que les hommes s'inclinaient devant elles, non parce qu'elles combattaient ou parce qu'elles faisaient les lois.

Pendant que les pères ou les maris étaient partis dans les champs ou à la guerre, la gestion de la maison était entièrement sous la responsabilité des mères et des femmes. L'éducation des enfants était entre leurs mains, et jusqu'à leur protection. A l'origine, les exercices militaires qu'on faisait faire aux femmes, devaient leur permettre de diriger et de suivre avec pertinence l'éducation de leurs enfants.

La conception de l'union par le mariage va plus loin à certains égards, que la conception chrétienne : "l'homme et la femme ne feront qu'un". Il est tout à fait irrationnel, pour un japonais, d'entendre un homme ou une femme parler à quelqu'un de l'autre moitié de lui-même et d'annoncer que cette autre moitié de lui (meilleure ou pire que la première) est belle, intelligente, généreuse ou je ne sais quoi d'autre encore. Vanter sa femme est comme vanter une partie de soi même, et la louange de soi est considérée chez les Japonais comme de très mauvais goût, pour ne pas dire d'avantage.

Dans l'éthique martiale du BUSHIDO, la ligne de partage entre le bien et le mal se situe ailleurs. Elle se fait sur la question du devoir qui lie l'homme à son essence divine ainsi qu'aux autres hommes par l'un des cinq types de relations. Parmi ces relations figure la loyauté; c'est à dire la relation entre deux hommes, l'un vassal et l'autre seigneur. 

Il n'est pas surprenant que les vertus et les enseignements des préceptes de la chevalerie ne soient pas restés propres à la classe militaire. Il faut donc considérer l'influence du BUSHIDO sur l'ensemble de la nation.

Ce que le japon était, il le devait aux samouraïs. Ils étaient la fleur de la nation, mais ils en étaient aussi les racines. Toutes les qualités bienveillantes du ciel coulaient en eux. Quoiqu'ils se gardèrent bien de se rapprocher socialement du reste du peuple, ils personnifiaient l'idéal moral et guidaient par l'exemple.

Le japon intellectuel et moral était directement ou indirectement l'œuvre du BUSHIDO.

L'esprit du BUSHIDO s'est écoulé de la classe sociale d'où il était originaire vers les classes inférieures, et joua le rôle d'un levain pour les masses, fournissant une morale à toute la population. Les préceptes de la chevalerie, conçus d'abord pour la gloire de l'élite, devinrent avec le temps une inspiration et une aspiration pour la nation tout entière; et bien que la populace ne puisse atteindre la hauteur morale de ces âmes nobles, "l'esprit du japon", en vint à exprimer l'esprit du peuple de l'île.

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